Dur ! Dur !
Nous voila confinées, mes sœurs et moi, dans ce qui m’a l’air d’être une sombre et étroite pièce parallélépipédique. Soudain, la pièce tremble, et se met en mouvement. Ce doit être une armoire, ou un caisson, trouvé hâtivement pour nous séquestrer jusqu’à notre mort.
Car nous allons mourir ! Mes sœurs et moi sommes si jeunes, et déjà, la Grande Faucheuse va venir nous chercher. Pourtant, peu de monde nous détestait parmi les civils normaux. Ils nous côtoient d’ailleurs souvent, presque chaque jour. Seul le ministère nous avait jugées gênantes et avait mis en place une intense propagande dans le but de limiter notre action.
Le plus drôle était que nous allions mourir de la main d’un homme qui nous aimait, qui tenait à nous. Certainement était-il devenu fanatique. Et suicidaire, puisque notre seule mort entraînerait inévitablement la sienne, à long terme.
Je repense à nos débuts, quand nous devions débarquer clandestinement d’un continent à l’autre, quand seuls les puissants et les mieux informés avaient eu vent de notre existence. En ce temps là, nous étions jeunes, et pas encore très belles. Mais au cours du temps, nous sommes devenues très célèbres, et nous n’avions plus besoin de nous cacher pour changer de pays.
Mais bon sang, que leur avons-nous fait ? Ce sont eux qui nous ont mises au monde, et qui veulent maintenant nous exterminer. C’est putatif, si l’on y pense bien. Mais nous ne quitterons pas cette Terre sans emporter le plus grand nombre d’hommes avec nous.
Dire que dans très peu de temps, ma vie va s’arrêter, partir en fumée, que le vent dispersera tranquillement. Avec un peu de chance, mes sœurs partiront avant moi, et quand viendra mon tour, quelqu’un arrêtera ce massacre. Je ne m’en veux même pas d’avoir cette pensée. À vrai dire, nous n’avons pas vécu assez longtemps pour qu’un lien de fraternité se crée entre nous.
Soudain, l’armoire s’ouvre brièvement. Cette soudaine lumière, après l’obscurité prolongée m’éblouit, et je n’arrive pas à savoir où l’on m’a transporté. Déjà, la porte s’est refermée. Pas besoin de compter pour savoir qu’une de mes sœurs est absente. Le compte à rebours a commencé.
Trente minutes plus tard, la porte s’ouvre de nouveau rapidement, dans une atroce odeur de fumée. La porte est de nouveau fermée, mais je sais maintenant de quelle manière je vais mourir. La combustion. La pire manière de mourir pour moi, qui déteste le feu.
Je ne sais pas combien sont déjà parties. J’ai arrêté de compter le temps depuis un bon moment déjà. Soudain, je sens qu’on m’attrape, qu’on m’entraîne, inévitablement.
Je sens qu’on m’embrasse doucement. C’est donc bien un fanatique. Quelle triste fin ! Tuée par un fan ! Mais déjà, le feu s’empare de moi par le bas, me dévore lentement. Je hurle, mais personne ne m’entend. La douleur est atroce. Je brûle !
Et comme une malédiction, j’entends, juste avant de mourir, le slogan principal de nos opposants :
« Fumer tue ! »
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