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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 00:31

Des milliers de baisers

   
    

Étoile filante

 



         Des milliers de baisers ; des milliers de milliers, un à un de mes lèvres à tes lèvres déposés. Et à nouveau un dernier, qui en précède un autre, qui laisse la place à d’innombrables ultimes arrivants. Des baisers toujours, humides des larmes qui ont coulé, qui ont effleuré la peau si douce de ta joue pour finalement atterrir au coin de ta bouche. De mes lèvres, je les efface et m’en abreuve. Je voudrais tarir leur source et t’ouvrir celle du bonheur. Je t’embrasse, encore et encore, serre dans mes bras ton corps qui tremble si fort. Ta détresse me pèse ; tu sembles pourtant si légère, si vulnérable, si triste. Des baisers mouillés, encore, mais de nos larmes entremêlées. Mon cœur souffre de te voir ainsi, toi que je n’ai jamais vu pleurer. Te dire « je t’aime » serait dérisoire : l’amour est un sentiment en partie volontaire ; je n’ai jamais eu le moindre choix en ce qui te concerne. Je t’appartiens, c’est tout. Si l’on me demandait de me présenter, je dirais être « celui qui t’aime ». C’est là la seule définition qui compte. Des baisers, encore et toujours, et ce tremblement qui continue, qui diminue et s’amplifie au rythme de ta respiration saccadée. Des baisers…

 

         J’ai croisé une étoile filante, dont la clarté m’a brûlé les yeux. Rendu aveugle, seule sa lumière apparaissait dans la noirceur du Monde. Alors je l’ai suivie. Longtemps je n’ai réussi qu’à l’effleurer avant qu’elle ne s’éloigne encore. Mes échecs étaient vite oubliés et j’ai depuis longtemps cessé d’estimer la distance pendant laquelle je l’ai poursuivie. A chaque instant elle me semblait plus étincelante, d’une clarté plus pure. Alors, quand découragé je m’arrêtai, aussitôt celle-ci me réinsufflait l’espérance. Ce fut une période cruelle, où espoir et déception semblaient ne former plus qu’un seul sentiment, tiraillant sans cesse mon cœur déjà meurtri. Et pourtant je n’aurais pour rien au Monde voulu échanger ma place et retrouver la Terre colorée sur laquelle je vivais jusqu’alors. Sa présence, sa lumière, et la promesse qu’elles transmettaient suffisaient à donner un sens à ma vie, à la rendre préférable à tout autre. Comme je m’attristais de voir les autres insensibles à sa clarté ! Ils ne la voyaient pas, là où j’apercevais une explosion de couleurs toutes plus inoubliables les une que les autres ! Mais je n’avais guère le temps de m’attarder à les plaindre, je devais la suivre encore et toujours, doux condamné à la plus délicieuse des peines.

 


         Mes doigts effleurent délicatement la courbe de ton bras. Ils remontent doucement, transmettant leur chaleur et profitant en échange de la douceur de ta peau cuivrée. Ta peau qui frissonne sous leur caresse autant que sous tes sanglots. Ils atteignent l’épaule et s’y déposent un instant. Des baisers, encore et toujours, que je dépose sur tes lèvres, puis sur la peau douce de ton front, comme pour te dire « Je suis là, je te protège » alors que tes sanglots me rendent plus vulnérable que jamais. Mes doigts quittent ton épaule, remontent et se déposent sur ta nuque, la caressent doucement. Tes larmes coulent toujours, se noient sous des baisers toujours plus nombreux, mais pas assez pour les saisir toutes. De ta nuque, ils rejoignent ta chevelure, si soyeuse, si magnifique, si étincelante d’habitude ; ils jouent avec, se pressent à l’arrière de ta tête pour offrir ton si beau visage à mes embrassades inquiètes. À mes baisers…

 

         Voué à la quête de ma vie, deux années se sont écoulées. L’étoile filante me semblait toujours plus inaccessible, et comme une conséquence directe, toujours plus fabuleuse et attirante. Fasciné par la lumière, je commençais à comprendre ces insectes qui s’approchaient des lampes pour mieux s’y embraser. Elle était ma lueur, et la perspective de m’y consumer me semblait alors la plus belle de toutes. L’aurais-je voulu que je n’aurais pu cesser de la suivre ; sa rencontre avait fait de tout le reste des ombres ternes et presque sans vie. Et puis un jour elle avait semblé ralentir. Une joie intense s’empara de moi alors que je m’approchai peu à peu. Joie qui disparut très vite. Ta lumière semblait pâlir, s’étioler. Plus je m’approchai, plus ton aura semblait disparaître, et plus mon inquiétude grandissait. C’est ainsi que je t’ai rejointe, si fragile, et si désemparée ; je suis tombé à la merci de ta beauté.

 


         Tendres et passionnés, délicats et empressés ; d’innombrables baisers voués à la même finalité. Des caresses dans tes cheveux soyeux. Ta peine me pèse, me fait souffrir. Je contemple ton visage, celui de l’être aimé. Alors, au creux de mon ventre naît une bulle qui ne cesse d’enfler. De plus en plus intense elle m’empêche de respirer. Dans un ultime sursaut elle m’échappe ; c’est de tendresse qu’elle est constituée. « Je t’aime… » Hésitant. C’est la première fois que j’ose te le dire. Serait-ce une étincelle qui vient de s’allumer dans ton regard ? Une deuxième bulle jaillit. « Je t’aime. » Affirmatif. Ce n’est pas une étincelle, c’est un soleil scintillant. Une troisième bulle se forme et finit par remonter. « Je t’aime ! » Spontané. Le flot de tes larmes s’est tari, enfin. Ta lumière se fait vive à nouveau. « Je t’aime, je t’aime, je t’aime ! » Frénétiques. Ils sortent maintenant par saccade, viennent compléter mes baisers désormais partagés. Nos yeux se fixent, les tiens sont comme deux puits sans fond. Mon âme s’y engouffre.

 

 

Tu es mon étoile.


« Je suis celui qui t’aime. »

 

Par Quadehar - Publié dans : Récits
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