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Les Deux Princes
Ce texte là a été écrite pour un duel de nouvelles. A l'heure où je poste cet article, les votes vont commencer, nous verrons bien le résultat. Les contraintes sont les suivantes : "Vous êtes un prince, et votre frère aîné est l'héritier du royaume. Vous vous aimez depuis votre enfance, mais vous vous rendez compte qu'il cherche à se débarrasser de vous. Pourquoi ? (Soyez originaux) et comment ?". Je participe à ce genre de duel quand l'inspiration me manque, les contraintes me permettant alors de remédier à ce problème.
Concernant ce duel, je n'avais strictement aucune idée jusqu'à ce soir, date limite pour écrire le texte. J'ai finalement eu une idée, en contournant légèrement le sujet tout en restant dans les contraintes (du moins je l'espère). Cela donne ce texte, que j'espère que vous apprécierez.
Bonne lecture !
- Prince, mon frère, la chasse va bientôt commencer !
C’était le Jeu ! Un grand sourire vint éclairer mon visage : j’adorais ces moments qui, j’en suis sûr, resteront mes plus beaux souvenirs lorsque les vieux jours arriveront. Je courus en direction de l’appel, criant :
- Me voici, ô mon frère ! Ne doutez pas que je serai à vos côtés lorsque le sanglier viendra à attaquer !
Je ne sais pas vraiment comment le Jeu a commencé, ni d’où nous était venue cette idée. Sûrement de notre complicité, des moments que nous passions ensemble à refaire le monde. Nos statuts n’étaient alors pas à la hauteur de nos ambitions, et nous nous étions auto-proclamés Princes. Mon grand-frère Nathan est tout naturellement devenu le Prince Héritier, tandis que je devenais le Prince cadet.
Quand nous commencions à jouer, nous n’étions alors plus de simples enfants en train de se divertir, nous devenions l’espace de quelques heures les deux fils du roi du Royaume d’Aldrin ! Nos parents avaient accepté la situation avec sourire discret et nous étions devenus leurs « petits princes ».
Même s’il s’était bien écoulé cinq années depuis le début du Jeu, nous le poursuivions régulièrement ; mon frère du haut de ses seize ans, et moi, Roger, de six ans son cadet. Depuis peu, une Princesse s’était jointe à nous : Claudia. Elle et mon frère se fréquentaient depuis plusieurs mois, et il l’avait rapidement intégrée à notre monde.
La chasse tourna vite court. C’était en général mon frère qui improvisait le gros du scénario. Cette fois-ci, je me pris un coup de corne du sanglier en tentant de sauver Nathan. Celui-ci, avec sa princesse, me porta jusqu’au grand pommier dans le jardin.
- Seul le pouvoir du pommier pourra guérir une si grande blessure. Reste-là mon frère, une heure durant, pendant que nous nous retirons, ma promise et moi, à l’intérieur pour laisser les forces de la nature œuvrer pour ta guérison !
Et ils me laissèrent là. Encore une fois. Depuis quelques temps, les scénarios de mon frère se finissaient souvent ainsi. Malgré toute l’affection que je lui portais, un doute avait fini par s’insinuer en moi : mon frère voulait-il se débarrasser de moi ?
Une fois, il avait mis en scène une fuite éperdue avec la princesse Claudia pour semer un dragon qui m’avait fait prisonnier et venir me délivrer bien plus tard. Une autre, c’est moi qui devait courir jusqu’à l’étang à vingt minutes de là pour chercher un remède destiné à sauver Nathan de la maladie rouge.
Non vraiment, il fallait que j’en aie le cœur net ! Il restait à régler le problème de ma blessure de sanglier… J’imaginai alors une pomme tombant de l’arbre. Une pomme dorée, brillante et lisse, appétissante comme aucune ne l’avait jamais été à mes yeux. Sans même y réfléchir, j’en croquai un bout. Une onde de bien-être m’envahit, de l’estomac jusqu’à chaque partie de mon corps, pour se concentrer finalement sur ma blessure en un doux picotement.
Quelques secondes plus tard, j’étais parfaitement guéri. Je me relevai prestement, bien décidé à découvrir de quelle façon mon frère ainé et Claudia priaient pour moi. Je m’approchai de la demeure, le plus furtivement possible. Une à une, je parcourus les pièces, vérifiant à chaque fois si elles étaient occupées.
Il ne resta bientôt plus qu’une solution, la plus évidente : les quartiers de Nathan ! J’avançais prudemment, percevant les voix de Claudia et de mon frère. La porte était entrouverte, me permettant de les voir. Ils étaient tous deux assis sur le lit, Nathan ayant passé le bras dans le dos de sa bien-aimée en une douce étreinte.
La vision était emplie de tendresse. Un Prince et sa Princesse, isolés du reste du monde, heureux dans leur bulle protectrice. Un enfant de dix est sensible à ces choses là. Qu’ils étaient beaux, rayonnants de bonheur. C’est pour ces quelques instants volés que Nathan m’occupait ailleurs. Comment lui en vouloir ?
Mais soudain leurs yeux se fixèrent. Comme plongeant l’un vers l’autre – l’un dans l’autre – leurs visages se rapprochèrent lentement. Sous mes yeux, ils s’apprêtèrent à commettre l’irréparable, ils allaient s’embrasser ! Ils étaient magnifiques mais ne se rendaient alors pas compte de ce qu’ils étaient sur le point d’accomplir. Le baiser est toujours le dernier chapitre des contes. S’ils s’embrassaient, le Jeu serait terminé. Pour toujours.
Je voulus bouger, empêcher mon univers d’être détruit, mais je restais paralysé d’effroi. Leurs lèvres s’approchèrent encore. Une pause, ils inspirèrent profondément, comme pour apprécier cet instant, magique pour eux, mais qui allait dissoudre le monde auquel je tenais tant. Ils diminuèrent encore la distance, leurs bouches s’effleurant enfin. C’était la fin du Jeu.
Je ne voulais pas être un simple enfant.
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